_______ « Depuis longtemps je n'ai plus de nouvelles de toi. J'ai croisé ton visage deux ou trois fois, tout au plus. Il me reste
à imaginer ce que tu gardes de nous. Je préférerais que ce passé ne soit pas écoulé comme la pluie dans la mer, mais j'ai pris le parti d'oublier la douleur. L'anesthésie. Je ne te juge pas. Je ne pense plus rien de toi. Avant, oui, je pleurais, tous les jours, chaque moment sans toi était souffrance, arrachement de ma peau. J'avais en moi une force, là, au milieu du ventre, qui encrochetait mes entrailles comme un hameçon de pêcheur. Partout derrière toi flottait ce filin, minuscule, mais tenace, et tout à l'autre bout du nylon fragile, il y avait moi qui, comme une ombre, à distance suivais. Où que tu ailles, ma pensée t'accompagnait. Bien sûr, cela devait prendre fin. [...] »
Aurélie Filippetti - Un homme dans la poche
